Professeur Abbé Louis Mpala

samedi 29 mai 2021

Le philosophe vieillit en apprenant et rajeunit en apprenant, pense Louis Mpala. L'âge biologique engendre, pour les chercheurs, l'âge scientifique.

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Le philosophe vieillit en apprenant et rajeunit en apprenant, pense Louis Mpala. L'âge biologique engendre, pour les chercheurs, l'âge scientifique.

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mardi 18 mai 2021

Le philosophe n’est pas cet homme qui, regardant de sa fenêtre le naufrage du bateau, devient le témoin pour raconter ce qu’il a vu. Le sens d’être du philosophe, dans le cas sous examen, est de voir le sens ou la direction que prend l’histoire humaine afin de lui donner un autre sens, celui de la signification, et ce en proposant une piste de solution , car , à la suite de Wittgenstein II, le philosophe a le rôle de montrer à la mouche la voie de sortie de la bouteille. En effet, en appliquant le paradigme de la simplicité dans la gestion de la res publica, les principes de race et de différentiation nous ont fait entrer dans une « bouteille » dans laquelle nous nous battons et dans laquelle la Covid-19 est venue empirer notre situation infrahumaine. Pour donner une « nouvelle orientation » ou une « signification » à notre vivre-ensemble, le philosophe Emmanuel Banywesize Mukambilwa, nous montre le chemin, celui de la Politique de l’humanité fondé sur l’Humanisme unidiversal, fruit du paradigme de la complexité. Voilà l’essence du philosophe, voilà son sens d’être, voilà sa nature sans laquelle il ne serait pas philosophe, nature résumée en ceci : voir beaucoup, entendre beaucoup, lire beaucoup et voir tout, après, sous un nouveau soleil, celui de la Politique de l’humanité assise sur l’Humanisme unidiversal, une autre voie de l’Humanisme régénéré prôné par Edgar Morin.

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En effet, depuis que l’Europe s’est donné la “mission civilisatrice” après le partage de l’Afrique comme un gâteau à Berlin, l’Afrique vit dans la tourmente permanente. Soumise par l’Europe armée, réduite à un réservoir d’esclaves et de matières premières, l’Afrique a été colonisée sans son consentement et recolonisée avec son accord [tacite]. Depuis que l’Europe s’est dite blanche et a qualifié l’Afrique de Noire, l’idéologie raciste [parce qu’en fait il existe une seule race, la race humaine], issue du paradigme de la simplicité, justifie des pratiques déshumanisantes de l’Europe envers d’autres continents. Se prenant pour le Vieux continent [par rapport à quel continent ?] et ayant forcé les autres à le croire, l’Europe continue encore à se comporter comme un Maître devant ses Elèves africains qu’elle contraint à l’imiter, à la prendre pour modèle en tout. Elle a créé des “Evolués” au temps de la colonisation; elle a laissé derrière elle des “commissionnaires” qui gouvernent par procuration depuis les pseudo-indépendances. Elle a inventé des termes comme coopération, sous-développement, Tiers-Monde, Mondialisation, etc; et les Elèves africains devaient répéter ces mots après elle. Ainsi la colonisation territoriale s’est muée en colonisation mentale: rien ne peut être reconnu valable pour l’Elève africain si son Maître européen ne le dit pas. L’Elève africain regarde avec le regard [les yeux] de son Maître.

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En effet, depuis que l’Europe s’est donné la “mission civilisatrice” après le partage de l’Afrique comme un gâteau à Berlin, l’Afrique vit dans la tourmente permanente. Soumise par l’Europe armée, réduite à un réservoir d’esclaves et de matières premières, l’Afrique a été colonisée sans son consentement et recolonisée avec son accord [tacite]. Depuis que l’Europe s’est dite blanche et a qualifié l’Afrique de Noire, l’idéologie raciste [parce qu’en fait il existe une seule race, la race humaine], issue du paradigme de la simplicité, justifie des pratiques déshumanisantes de l’Europe envers d’autres continents. Se prenant pour le Vieux continent [par rapport à quel continent ?] et ayant forcé les autres à le croire, l’Europe continue encore à se comporter comme un Maître devant ses Elèves africains qu’elle contraint à l’imiter, à la prendre pour modèle en tout. Elle a créé des “Evolués” au temps de la colonisation; elle a laissé derrière elle des “commissionnaires” qui gouvernent par procuration depuis les pseudo-indépendances. Elle a inventé des termes comme coopération, sous-développement, Tiers-Monde, Mondialisation, etc; et les Elèves africains devaient répéter ces mots après elle. Ainsi la colonisation territoriale s’est muée en colonisation mentale: rien ne peut être reconnu valable pour l’Elève africain si son Maître européen ne le dit pas. L’Elève africain regarde avec le regard [les yeux] de son Maître.

 

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dimanche 16 mai 2021

La teneur du livre justifie le titre de notre note de lecture. Le philosophe n’est pas cet homme qui, regardant de sa fenêtre le naufrage du bateau, devient le témoin pour raconter ce qu’il a vu. Le sens d’être du philosophe, dans le cas sous examen, est de voir le sens ou la direction que prend l’histoire humaine afin de lui donner un autre sens, celui de la signification, et ce en proposant une piste de solution , car , à la suite de Wittgenstein II, le philosophe a le rôle de montrer à la mouche la voie de sortie de la bouteille. En effet, en appliquant le paradigme de la simplicité dans la gestion de la res publica, les principes de race et de différentiation nous ont fait entrer dans une « bouteille » dans laquelle nous nous battons et dans laquelle la Covid-19 est venue empirer notre situation infrahumaine. Pour donner une « nouvelle orientation » ou une « signification » à notre vivre-ensemble, le philosophe Emmanuel Banywesize Mukambilwa, nous montre le chemin, celui de la Politique de l’humanité fondé sur l’Humanisme unidiversal, fruit du paradigme de la complexité. Voilà l’essence du philosophe, voilà son sens d’être, voilà sa nature sans laquelle il ne serait pas philosophe, nature résumée en ceci : voir beaucoup, entendre beaucoup, lire beaucoup et voir tout, après, sous un nouveau soleil, celui de la Politique de l’humanité assise sur l’Humanisme unidiversal, une autre voie de l’Humanisme régénéré prôné par Edgar Morin.

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dimanche 3 janvier 2021

Quand on parle de Mgr Tshibangu, un prisme communément répandu tend  spontanément à voir et à regarder d’abord son état clérical pour ne considérer qu’ultérieurement son statut scientifique. Le moment est arrivé de faire appel aux  opticiens pour nous amener  à corriger cette perception : daltonisme ou presbytie, je ne saurais le dire.

Au Congo belge, l’école était entre les mains des missionnaires qui,  charité bien ordonnée  oblige, sélectionnaient les meilleurs élèves pour les orienter vers les séminaires et les destiner à la prêtrise. Il ne fallait guère en déduire que tous les séminaristes étaient des intellectuels patentés.  Quelques figures éminentes  s’étaient  pourtant  distinguées à l’époque, parmi lesquelles l’abbé Stefano Kaoze(1886-1951), l’abbé Malula (1917-1989) et l’abbé Vincent Mulago (1924-2012).Dans ce champ aux multiples fruits, Tharcisse Tshibangu sera identifié  très tôt par le curé de la paroisse sainte Barbe de Kipushi, prêtre bénédictin, comme un esprit vif, curieux et plein d’imagination.

Aîné de sa famille, il avait le sens du devoir et les aptitudes d’encadrement des plus jeunes. Il anticipait sur les problèmes et prenait sans cesse des initiatives. Cela sera une constante chez lui durant toute sa formation au petit séminaire de Kapiri-Kakanda, au grand séminaire de Baudouinville/Moba, à l’Université Lovanium et à l’Université Catholique de Louvain. Toujours gai et enthousiaste, c’était un esprit positif qui savait encadrer des compagnons  plus jeunes que lui dans les mouvements kiro  ou scout. S’il arrive souvent que des hommes férus de recherche et de savoir soient représentés comme des individus solitaires et apathiques, l’étudiant Tshibangu est  un bosseur,  un chercheur-né, un lecteur infatigable, un écrivain fécond, qui s’intéresse aux cult ures locales, demeure ouvert au monde en correspondant avec les grands esprits de son époque alors qu’il n’a même pas encore de diplôme universitaire. Il ne vit pas dans une tour d’ivoire et s’efforce de mobiliser sans cesse ses camarades, ses collègues pour les conduire plus haut, plus loin, vers plus de connaissances et plus de savoirs.

Nous savons tous que les bénédictins sont des  gens d’études, attachés à leurs monastères et engagés dans la conservation et la transmission de la culture  classique. Saint Benoît  (vers 480-547)  considéré comme l’évangélisateur de l’Europe est aujourd’hui le saint patron de l’Europe, proclamé tel par le Pape Paul VI en 1964. Quand on a été nourri dès son jeune âge du lait des bénédictins, s’investir dans la culture ne saurait être une corvée. Mais, saint Benoît luttait pour la foi, ce problème ne se pose pas outre mesure pour le jeune Tshibangu, bercé par la jamaa takatifu (sainte famille) depuis sa tendre enfance. Croire semble aller de soi, le problème est celui de la promotion et la diffusion de la culture. Les bénédictins  sont  une bonne école,  parmi les moines les plus ordonnés dans la construction, le style de vie et le sens de la recherche sur le long terme.

Parti  avec ses bagages bénédictins à Baudouinville, il se frotte aux nouvelles traditions des  Missionnaires d’Afrique connus sous le nom des Pères blancs, à cause de leurs tenues blanches, et qui  se  distinguèrent par des travaux d’ethnographie et de géographie africaines, lesquels firent d’eux des références en matière d’exploration scientifique du continent africain.

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Conforté par les expériences diverses relatées dans cet ouvrage, je conseille instamment et avec insistance, d'éviter le monisme méthodologique pour faire avancer la science sociale au Congo et créer un esprit scientifique propre aux Congolais. Je note qu'il existe trois types de méthode scientifique comme mode de constitution et de validation des connaissances.[1]

Il y a d'abord la déduction, que j'assimile au courant de pensée théologico-métaphysique et qui opère par syllogisme, en partant de la cause aux effets, du principe aux conséquences, du général au particulier. On l'assimile souvent au sophisme qui consiste en un raisonnement en apparence logique, mais conçu délibérément pour tromper ou faire illusion ou manipuler les consciences. Bien que l'on ne puisse pas pouvoir vérifier par les faits que les théories émises par cette méthode, cela ne signifie nullement qu'elles sont résolument fausses. Dès lors, la métaphysique comme méthode d'approche s'invite dans toute recherche scientifique qui se fonde toujours sur une conception philosophique certaine.

Il y a ensuite l'induction, méthode considérée comme scientifique par excellence, et qui consiste à partir des observations pour aboutir à établir les lois, les théories qui régissent les faits observés. Ici, la rigueur s'invite fort car les erreurs même bénignes peuvent conduire à des résultats tronqués, mitigés. Cependant, la marge d'erreur reconnue n'autorise pas que l'on considère les résultats obtenus comme vrais définitivement. Ces derniers doivent se prêter à d'incessantes remises en question, bases du progrès scientifique dans tous les domaines de recherche. Cette étape de la vérification des hypothèses émises au départ, sur un fond philosophique généralement (déduction), est fondatrice de la science. Indispensable donc.

Le dernier type de recherche concerne "l'abduction : la découverte faite par hasard ou par curiosité. A l'inverse du truisme 'L'exception confirme la règle', les exceptions détruisent les théories. La capacité à organiser les découvertes fortuites est liée aux personnalités et conduit à une recherche qui prend appui sur la curiosité... elle peut permettre de découvrir des parties du monde inexplorées. C'est la recherche à la Christophe Colomb, la sérendipité - découverte par chance." [2] C'est la découverte par hasard et par sagacité, recette à laquelle on ne s'attendait pas, alors que l'on cherchait parfois autre chose !

En définitive, c'est en associant sans exclusive les trois méthodes qu'on fait avancer la science.

Enfin, il faut, pour les pays Africains, assigner l'optique utilitariste aux recherches dans tous les domaines. Face aux multiples défis qui gangrènent nos sociétés, la science doit servir à quelque chose, notamment à éclairer les actions visant à affronter ces défis. On n'a pas droit au luxe que peuvent se permettre les autres en la matière.



[1] Me lire dans Sociologie et Sociologues africains... op. cit. ; Notes de Cours de Méthodes de recherche en sciences sociales, G2 SPA, FSSAP/UNIKIN et dans L'émergence par la science. Pour une recherche scientifique citoyenne au Congo-Kinshasa, L'Harmattan, Paris, 2017.

[2] Didier Raoult, Recherche, Le trio gagnant, in Le Point, n° 2320 du 23 février 2017, p. 10.

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j’affirme que le chercheur doit se constituer, selon les mots d’Edgar Morin en observateur-concepteur. Cette notion rend pertinente la permanence de la vigilance épistémologique à chaque instant du travail scientifique, considéré  comme un exercice permanent d’observation, de construction et de reconstruction des connaissances sur des faits sociaux eux-mêmes soumis à une dynamique, et non comme la production des solutions épistémologiques absolument définitives. L’observateur-concepteur doit être un penseur autonome, autonomie signifiant, « dans le domaine de la pensée, l’interrogation illimitée, qui ne s’arrête devant rien et qui se remet elle-même constamment en cause »[1].

Dans le même ordre d’idées, B. Verhaegen écrit :

 « Nous pensons que la critique méthodologique doit se poursuivre consciemment tout au long de la recherche concrète et de l'effort théorique. Ceci pour deux raisons : la première, c’est qu’il n’y a pas, en sciences sociales, de connaissances définitivement acquises, ni de théories s’imposant de manière absolue. Il ne saurait donc y avoir a priori que des méthodes imparfaites. En second lieu, il existe une relation de dépendance entre la méthode et la recherche pratique qui n’est généralement pas reconnue : si on admet que la recherche est conduite en fonction d’options méthodologiques qui en influencent le cours et les résultats, on ignore la relation inverse : l’exercice d’une méthode au cours d’une recherche modifie à son tour les options méthodologiques de départ soit dans le sens d’une clarification et d’une plus grande prise sur la réalité, si la recherche a abouti à une meilleure connaissance de l’objet, soit dans le sens d’un rétrécissement du champ méthodologique et d’une perturbation de sa valeur, si l’opacité des phénomènes sociaux n’a pu être dissipée par l’éclairage méthodologique, ce qui est généralement le cas. Nous voulons dire par là que tout savant qui ne considère pas sa méthode comme une variable en partie dépendante de sa propre recherche, est amené à transformer ses options méthodologiques en idéologie dans la mesure où la réalité sociale s’avère résistante à la démarche de connaissance ou travestie par ses résultats »[2].

On perçoit dès lors le danger de rester figé dans une option méthodologique donnée, en niant toute possibilité d’émergence de méthodologies alternatives. A ce sujet, je vous convie instamment à la lecture de l'ouvrage collectif intitulé Terrain et exigences méthodologiques écrits par une équipe des chercheurs de l'Université de Kinshasa sous la direction d'Héritier MAMBI Tunga Bau et de Philémon MWAMBA Mubunda.[3]



[1] C. CASTORIADIS, « L’individu privatisé », in Le Monde Diplomatique, février 1998, p. 23, Version électronique (http://www.mondediplomatique.fr.1998/02/castoriadis/10046.html.

[2] B. VERHAEGEN, «  Méthode et problèmes de l'Histoire Immédiate », Cahiers économiques et sociaux, Vol. VIII, n° 3, Sept. 1970, pp. 471-488.

[3] Cf. Ph. MWAMBA Mumbunda et H. MAMBI Tunga-Bau (dir), Terrain et exigences méthodologiques, LHarmattan, Paris, 2016.

 

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dimanche 20 décembre 2020

« L’homme d’aujourd’hui face à la terre, reprit la Tortue, a renié ses racines terrestres et s’est proclamé supérieur de par sa Raison (et pourtant nous semblons plus raisonnables que lui). Il s’est autoproclamé maitre de l’univers. Il est allé plus loin en s’établissant propriétaire[1] de la Terre. Peut-il nous montrer  l’acte par lequel la Terre a accepté d’être propriété de l’être humain, poussière qui doit rentrer à la poussière, à la terre ?

Se sentant Prométhée désenchaîné, l’homme, de par sa techno-science, est devenu un « Démiurge »[2] rendu fou par Jupiter pour avoir bu le vin de la rationalité instrumentale. Comme un apprenti sorcier, il ne sait plus dompter les « esprits impurs qui le poussent à faire de tout ce qui existe une « marchandise ». Il trafique même ses propres fils humains. Ainsi, votre rapport fondamental avec la Nature a pris la forme de la guerre et de la propriété, vous dit Michel Serres[3].

Les mégapoles, fruits de l’intelligence humaine, attirent toujours les gens avec ce qu’elles ont de positif. Les êtres humains s’y entassent[4] et souvent ils ne respectent plus les règles de vie et de construction. Indifférents les uns aux autres, ils le sont aussi envers la Nature qu’ils polluent naïvement. Le bruit, le déchet, les sachets n’effraient personne. Les règles d’urbanisme n’existent plus. Tout cela concourt à la pollution culturelle qui crée la mentalité de trouver «  tout comme étant normal ».

Et quand dans les médias on dénonce les méfaits de la techno-science sur le quotidien de vie des êtres humains, les sceptiques parlent « de purs mythes médiatiques »[5] alarmistes. Ainsi, les climato-sceptiques traitent l’écologie comme étant la nouvelle religion contemporaine ayant pour « dieu l’environnement, des prophètes illuminés [à savoir les écologistes] et des pécheurs impénitents »[6]. Voilà qui explique des « prophéties environnementales »[7] sur la disparition de la Terre et des villes. Ils pensent, au contraire, que « l’homme est un démiurge [sage] assez puissant pour menacer l’équilibre de la nature [et] assez puissant pour le contrôler »[8]. Bref, trêve du fanatisme de l’Apocalypse et à bas la « séduction du désastre »[9].

Les climato-convaincus sont qualifiés d’ « affolés sensibles »[10] à la moindre alerte et les climato-sceptiques, par leurs déclarations, sont devenus « fous à force de rester calme »[11] et ils sont reconnus comme les « marchands du doute »[12] qui, pour se calmer, invitent les pays du Sud à demeurer des éternelles « sentinelles climatiques »[13] en protégeant les forêts, poumons de la Terre.



[1] Ibidem, p.59.

[2] S. KANGUDI Kabwatila, L’homme comme démiurge de la nature,  dans Revue Philosophique de Kinshasa  vol.XV, n°37-38, (2006), p.35-41.

[3] Cf. M.SERRES, op.cit., p.58-62

[4] Cf. A. GRANDJEAN, art.cit.

J.-M. FEDIBA cité par L.OBADIA, Religion, Ecologie, Climat dans les sciences humaines et sociales . Un tournant politique, dans Archives de Sciences sociales des religions, n°18, (janvier-mars 2019), p.198.

[5] Cf. L.OBADIA, Religion, Ecologie, Climat dans les sciences humaines et sociales . Un tournant politique, dans Archives de Sciences sociales des religions, n°18, (janvier-mars 2019), p.191-204.

Ibidem, p.198.

[6] J.-M. FEDIBA cité par L.OBADIA, art.cit., p. 198.

[7] Ibidem, p.198.

[8] C. ALLEGRE cité par L.OBADIA, art.cit., p.198.

[9]P. BRUCKNER cité par L.OBADIA, art.cit., p.199.

[10] L.OBADIA, art.cit., p.191.

[11] B. LATOUR cité par L.OBADIA, art.cit., p.191.

[12]L’expression est tirée du titre du livre de N. ORESKES et E.M. CONWAY , Marchands de doute, Paris, Le Pommier, 2012 cité par A. GRANDJEAN, art.cit., p.379, note 36.

[13] B. HERIARD, Réduire les inégalités écologiques et sociales ? Un chantier pour la doctrine sociale de l’Eglise, dans Revue d’éthique et de théologie morale/ HS 2018, p.84.

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« L’homme d’aujourd’hui face à la terre, reprit la Tortue, a renié ses racines terrestres et s’est proclamé supérieur de par sa Raison (et pourtant nous semblons plus raisonnables que lui). Il s’est autoproclamé maitre de l’univers. Il est allé plus loin en s’établissant propriétaire[1] de la Terre. Peut-il nous montrer  l’acte par lequel la Terre a accepté d’être propriété de l’être humain, poussière qui doit rentrer à la poussière, à la terre ?

Se sentant Prométhée désenchaîné, l’homme, de par sa techno-science, est devenu un « Démiurge »[2] rendu fou par Jupiter pour avoir bu le vin de la rationalité instrumentale. Comme un apprenti sorcier, il ne sait plus dompter les « esprits impurs qui le poussent à faire de tout ce qui existe une « marchandise ». Il trafique même ses propres fils humains. Ainsi, votre rapport fondamental avec la Nature a pris la forme de la guerre et de la propriété, vous dit Michel Serres[3].

Les mégapoles, fruits de l’intelligence humaine, attirent toujours les gens avec ce qu’elles ont de positif. Les êtres humains s’y entassent[4] et souvent ils ne respectent plus les règles de vie et de construction. Indifférents les uns aux autres, ils le sont aussi envers la Nature qu’ils polluent naïvement. Le bruit, le déchet, les sachets n’effraient personne. Les règles d’urbanisme n’existent plus. Tout cela concourt à la pollution culturelle qui crée la mentalité de trouver «  tout comme étant normal ».

Et quand dans les médias on dénonce les méfaits de la techno-science sur le quotidien de vie des êtres humains, les sceptiques parlent « de purs mythes médiatiques »[5] alarmistes. Ainsi, les climato-sceptiques traite l’écologie comme étant la nouvelle religion contemporaine ayant pour « dieu l’environnement, des prophètes illuminés [à savoir les écologistes] et des pécheurs impénitents »[6]. Voilà qui explique des « prophéties environnementales »[7] sur la disparition de la Terre et des villes. Ils pensent, au contraire, que « l’homme est un démiurge [sage] assez puissant pour menacer l’équilibre de la nature [et] assez puissant pour le contrôler »[8]. Bref, trêve du fanatisme de l’Apocalypse et à bas la « séduction du désastre »[9].



[1] Ibidem, p.59.

[2] S. KANGUDI Kabwatila, L’homme comme démiurge de la nature,  dans Revue Philosophique de Kinshasa  vol.XV, n°37-38, (2006), p.35-41.

[3] Cf. M.SERRES, op.cit., p.58-62

[4] Cf. A. GRANDJEAN, art.cit.

J.-M. FEDIBA cité par L.OBADIA, Religion, Ecologie, Climat dans les sciences humaines et sociales . Un tournant politique, dans Archives de Sciences sociales des religions, n°18, (janvier-mars 2019), p.198.

[5] Cf. L.OBADIA, Religion, Ecologie, Climat dans les sciences humaines et sociales . Un tournant politique, dans Archives de Sciences sociales des religions, n°18, (janvier-mars 2019), p.191-204.

Ibidem, p.198.

[6] J.-M. FEDIBA cité par L.OBADIA, art.cit., p. 198.

[7] Ibidem, p.198.

[8] C. ALLEGRE cité par L.OBADIA, art.cit., p.198.

[9]P. BRUCKNER cité par L.OBADIA, art.cit., p.199.

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lundi 14 décembre 2020

Se moquer de la philosophie, est vraiment une façon de philosopher, dit-on. En proposant dans cette note le dénigrement d’une certaine philosophie enseignée et pratiquée officiellement au Congo, je voudrais proposer une nouvelle philosophie de l’enseignement et de la pratique de la philosophie au Congo en vue de substituer la production des philosophes et philosophies congolais à l’actuelle production des diplômés congolais en philosophies étrangères. J’estime qu’il s’agit là d’une exigence impérieuse pour sauver l’activité philosophique qui, au Congo, semble inexistante du fait de son manque d’impact sur la vie sociale.

En d’autres termes, je propose (à ma façon) des pistes pour répondre à une préoccupation essentielle, celle qui doit mener à des productions philosophiques adaptées à notre praxis sociale, liées à nos luttes, répondant à nos besoins et angoisses existentiels… En effet, les sociétés européennes, idéologiquement stabilisées, ont de la philosophie une conception adaptée à la justification de leur système. Elles peuvent dès lors se permettre le luxe de faire de leurs philosophies des lieux réservés à des initiés maniant un langage ésotérique propre au métier de philosophe occidental.

En y souscrivant têtes baissées, nos intellectuels acceptent de se soumettre à une robotisation sclérosante et antiphilosophique, privant dès lors nos peuples de philosophies de référence idéelles dont, pourtant, ils ont tant besoin. Lorsque ces intellectuels monopolisent l’activité philosophique, ils condamnent leurs peuples à vivre au gré des humeurs et des intérêts du « maître inspirateur » qui, les privant de leurs facultés de développer des pensées originelles, leur propose à la place des « prêts-à-penser » idéologiques qui, souvent, consistent en des réflexions produites sur base des observations faites ailleurs. Ce qui explique le caractère indigeste de certains discours, d’autant plus qu’ils sont rendus dans une langue étrangère, avec un certain type de langage approprié qui impose une sorte de tyrannie terminologique paralysante.

J’aimerais préciser que ce texte, légèrement modifié et mise à jour, date de 1985 à la suite de ma participation à la 8ème Semaine Philosophique de Kinshasa tenue aux Facultés Catholiques de Kinshasa, l’actuelle Université catholique du Congo, en décembre 1984. A cette occasion, comme un cheveu dans la soupe, j’avais lancé la question provocatrice : « Philosophe Africain, où es-tu ? », question que MBOLOKALA qualifiera plus tard de « célèbre et inoubliable ». Il avait, en effet, compris que la question voulait soulever l'interrogation "sur l'efficacité de la pratique philosophique africaine, demander si le philosophe africain peut encore contribuer concrètement et efficacement au développement de sa société" et qu'elle invitait "à une productivité convaincante et de nature à contribuer réellement au développement social".[1]

Cette interrogation qui avait suscité une agitation philosophico-intellectuelle inattendue reste malgré tout d’actualité. En effet, à l’exception de la note intellectuellement honnête de MBOLOKALA, les autres ont réagi comme des mandarins auto-satisfaits, soucieux de se prémunir contre toute forme de critique car, comme le dit ALTHUSSER, « ce que la philosophie ne peut tolérer, c’est l’idée d’une théorie (c’est-à-dire d’une connaissance objective) de la philosophie, capable de changer sa pratique traditionnelle. Cette théorie peut lui être mortelle, car elle vit de sa dénégation »[2].

Mais, face aux enjeux du moment, j’ose, en publiant ce texte, violer un domaine réservé en vue d’apporter ma modeste contribution afin que soit délogée et enterrée la pratique philosophique en vigueur qui me paraît n’être qu’hallucination et mystification. L’objectif poursuivi est de faire recouvrer à la philosophie sa place qui doit être au centre des activités humaines dans un milieu historiquement déterminé. En m’adressant en profane aux spécialistes, conscient que je suis de mes limites dans le domaine, mon intention est d’oser poser des questions, même banales, pourvu que cela aide à soulever des questions cardinales. Il est temps que l’on repense les bases d’une épistémologie  de la philosophie en Afrique.

La note comprend trois parties. J’essaie en premier lieu de répondre à la question : « Qu’est-ce que la philosophie ? » ou, mieux : « Que doit être pour nous la philosophie ? ». En second lieu, je parle des philosophies livresques livrées sous forme professorale (académique) dans nos grandes écoles. Enfin, en guise de pistes pour la recherche, je fais allusion à quelques penseurs indigènes dont les idées peuvent être utilement exploitées pour armer philosophiquement nos masses et élites afin de les rendre plus aptes face aux multiples défis existentiels qui se dressent devant elles dans leurs luttes multiformes pour la vie et leurs aspirations légitimes à vivre mieux.



[1] MBOLOKALA Imbuli., «  Philosophe africain, où es-tu ? », in Analyses sociales, Vol. I, n° 2, Janv-Fév. 1985, pp. 37-40.

[2] L. ALTHUSSER, Lénine et la philosophie suivi de Marx et Lénine devant Hegel, Paris, Maspero, 1975, p. 15.

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Se moquer de la philosophie, est vraiment une façon de philosopher, dit-on. En proposant dans cette note le dénigrement d’une certaine philosophie enseignée et pratiquée officiellement au Congo, je voudrais proposer une nouvelle philosophie de l’enseignement et de la pratique de la philosophie au Congo en vue de substituer la production des philosophes et philosophies congolais à l’actuelle production des diplômés congolais en philosophies étrangères. J’estime qu’il s’agit là d’une exigence impérieuse pour sauver l’activité philosophique qui, au Congo, semble inexistante du fait de son manque d’impact sur la vie sociale.

En d’autres termes, je propose (à ma façon) des pistes pour répondre à une préoccupation essentielle, celle qui doit mener à des productions philosophiques adaptées à notre praxis sociale, liées à nos luttes, répondant à nos besoins et angoisses existentiels… En effet, les sociétés européennes, idéologiquement stabilisées, ont de la philosophie une conception adaptée à la justification de leur système. Elles peuvent dès lors se permettre le luxe de faire de leurs philosophies des lieux réservés à des initiés maniant un langage ésotérique propre au métier de philosophe occidental.

En y souscrivant têtes baissées, nos intellectuels acceptent de se soumettre à une robotisation sclérosante et antiphilosophique, privant dès lors nos peuples de philosophies de référence idéelles dont, pourtant, ils ont tant besoin. Lorsque ces intellectuels monopolisent l’activité philosophique, ils condamnent leurs peuples à vivre au gré des humeurs et des intérêts du « maître inspirateur » qui, les privant de leurs facultés de développer des pensées originelles, leur propose à la place des « prêts-à-penser » idéologiques qui, souvent, consistent en des réflexions produites sur base des observations faites ailleurs. Ce qui explique le caractère indigeste de certains discours, d’autant plus qu’ils sont rendus dans une langue étrangère, avec un certain type de langage approprié qui impose une sorte de tyrannie terminologique paralysante.

J’aimerais préciser que ce texte, légèrement modifié et mise à jour, date de 1985 à la suite de ma participation à la 8ème Semaine Philosophique de Kinshasa tenue aux Facultés Catholiques de Kinshasa, l’actuelle Université catholique du Congo, en décembre 1984. A cette occasion, comme un cheveu dans la soupe, j’avais lancé la question provocatrice : « Philosophe Africain, où es-tu ? », question que MBOLOKALA qualifiera plus tard de « célèbre et inoubliable ». Il avait, en effet, compris que la question voulait soulever l'interrogation "sur l'efficacité de la pratique philosophique africaine, demander si le philosophe africain peut encore contribuer concrètement et efficacement au développement de sa société" et qu'elle invitait "à une productivité convaincante et de nature à contribuer réellement au développement social".[1]

Cette interrogation qui avait suscité une agitation philosophico-intellectuelle inattendue reste malgré tout d’actualité. En effet, à l’exception de la note intellectuellement honnête de MBOLOKALA, les autres ont réagi comme des mandarins auto-satisfaits, soucieux de se prémunir contre toute forme de critique car, comme le dit ALTHUSSER, « ce que la philosophie ne peut tolérer, c’est l’idée d’une théorie (c’est-à-dire d’une connaissance objective) de la philosophie, capable de changer sa pratique traditionnelle. Cette théorie peut lui être mortelle, car elle vit de sa dénégation »[2].

Mais, face aux enjeux du moment, j’ose, en publiant ce texte, violer un domaine réservé en vue d’apporter ma modeste contribution afin que soit délogée et enterrée la pratique philosophique en vigueur qui me paraît n’être qu’hallucination et mystification. L’objectif poursuivi est de faire recouvrer à la philosophie sa place qui doit être au centre des activités humaines dans un milieu historiquement déterminé. En m’adressant en profane aux spécialistes, conscient que je suis de mes limites dans le domaine, mon intention est d’oser poser des questions, même banales, pourvu que cela aide à soulever des questions cardinales. Il est temps que l’on repense les bases d’une épistémologie  de la philosophie en Afrique.

La note comprend trois parties. J’essaie en premier lieu de répondre à la question : « Qu’est-ce que la philosophie ? » ou, mieux : « Que doit être pour nous la philosophie ? ». En second lieu, je parle des philosophies livresques livrées sous forme professorale (académique) dans nos grandes écoles. Enfin, en guise de pistes pour la recherche, je fais allusion à quelques penseurs indigènes dont les idées peuvent être utilement exploitées pour armer philosophiquement nos masses et élites afin de les rendre plus aptes face aux multiples défis existentiels qui se dressent devant elles dans leurs luttes multiformes pour la vie et leurs aspirations légitimes à vivre mieux.



[1] MBOLOKALA Imbuli., «  Philosophe africain, où es-tu ? », in Analyses sociales, Vol. I, n° 2, Janv-Fév. 1985, pp. 37-40.

[2] L. ALTHUSSER, Lénine et la philosophie suivi de Marx et Lénine devant Hegel, Paris, Maspero, 1975, p. 15.

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Malheureusement La RUSE DE LA COVID-19 ( Cf HEGEL) passerait pour un « KISOMO= Mauvais sort jeté sur quelqu’un », qui nous aveugle à ne pas tenir compte d’elle pendant que nous voyons nos proches mourir  et nous pousse à nous moquer des mesures de barrières afin de nous frapper encore plus.. Qui fait confiance en l’OMS qui crie nuit et jour pour le respect des mesures de barrière ? Ne la soupçonne pas d’être au service des multinationales pharmaceutiques et du dictat occidental ? N’est-ce pas là une RUSE de la COVID-19 pour nous frapper de son Epée ?

Malgré cela, La PEUR exprime bien la « terreur » que sème la COVID-19.  La peur dans laquelle nous fait vivre la COVID-19 est une captivité sans évasion, comme nous dit Louis Althusser et le malheur en est qu’au sein de cette prison il y a des murs entre les prisonniers : les frontières terrestres et aériennes sont fermées et pourtant nous sommes tous confrontés au destin de la peur. Oui, la fermeture des frontières a sa raison d’être :   Ce virus, au dire de J.D.SANCHEZ ESTOP, suit les routes des marchandises et du transport de personnes, car le virus qui n’est qu’information se diffuse avec une grande aisance entre les pays, entre les corps, dans les espaces publics, sur le corps des marchandises, poursuit SANCHEZ ESTOP et la Covid-19  est à l’affût là où les personnes se rencontrent dans la rue ou n’importe où. De ce fait, la peur de COVID-19 fait peur même à la personne qui veille sur la bombe atomique.

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PREFACE

Le savoir-être d’Épicure, maintenant et encore

 

Au regard de la lisibilité, de la pertinence et de la solidité argumentative de l’ouvrage du professeur abbé Louis Mpala Mbabula, je me suis longtemps demandé à quoi servirait une préface, si tant est que cet oripeau discursif que l’on place au frontispice d’un texte est censé le présenter et le recommander. Mais le collègue n’a pas cédé à mes atermoiements, même quand j’ai dû, pour me rebiffer, arguer que je ne suis pas philosophe de formation. « Mon frère, m’a-t-il rétorqué, votre préface est celle de la personne qui comprend le sens d’être des désirs dont parle Épicure. Même si vous n’avez pas un doctorat en philosophie, votre texte sera le bienvenu. Merci pour l’information, qui ne change pas la considération que j’ai pour vous ». Ce mot amical et sincère m’a décidé à écrire ce qui suit, même si je reste convaincu que le texte de mon collègue se recommande lui-même et reste à la portée de tout le monde.

 

Tout, ou presque, a été dit sur la pandémie de Covid-19 toujours en pleine expansion, malgré quelques mois de rémission, depuis son irruption dans notre quotidien à la fin de l’année 2019. Des inlassables mises en garde du corps médical aux élucubrations oiseuses des spécialistes du dimanche qui écument l’agora médiatique mondiale, en passant par les discours scientifiques et les politiques étatiques de régulation de la société, il n’est pas un seul domaine de la vie publique qui ne se soit prononcé dans l’« affaire ». Dans ce concert de voix dissonantes, aux voies souvent si divergentes, les philosophes se font discrets, presque aphones ou, si l’on veut être honnête, ils ne parviennent pas encore à se faire entendre, à défaut de se faire écouter.

 

Mais avec l’essai de l’abbé Louis Mpala Mbabula, Apprendre à vivre et à mourir en temps de la Covid-19, nous entendons pourtant une voix claire, qui force à l’écoute, parce qu’elle indique justement une voie nette, dans la mêlée planétaire actuelle contre la Covid-19. En ces temps complexes, en effet, l’abbé Louis Mpala,

Professeur ordinaire de philosophie à l’université de Lubumbashi, en République Démocratique du Congo (RDC), nous invite à méditer les enseignements d’Épicure, pour apprendre à jouir pleinement de la vie présente et à mourir dans la paix.

 

Tout au long de ce petit ouvrage méticuleusement écrit, d’une dense clarté et d’une agréable lisibilité, l’auteur livre une exégèse chirurgicale et personnalisée de la doctrine philosophique d’Épicure, telle qu’elle se trouve dans la « Lettre à Ménécée », avec pour but avoué d’en réactualiser le message à l’adresse de ses contemporains et des générations à venir qui, tous, ne pourront plus ignorer la réalité de la Covid-19. L’irruption de cette pandémie dans le cours de l’Histoire mondiale, ces derniers temps éprouvée par moult convulsions tragiques, a profondément modifié notre rapport à la vie et à la mort, bouleversant par le fait même nos champs de représentation et remuant outrageusement le magma du trou noir de nos peurs ataviques.

 

Devant l’urgence de réinventer notre présent et notre avenir, de ré-imaginer notre relation avec l’altérité et avec la nature, et de penser à nouveaux frais notre être-au-monde en tant qu’Étants pensants, le professeur Louis Mpala nous propose de revenir à Épicure, « apôtre », s’il en fût, de l’eudémonisme, depuis tant de siècles conspué et qui pourtant n’a jamais cessé de nous parler. Face à la Covid-19 et aux bouleversements qu’elle induit dans notre quotidien, il faut se laisser instruire par Épicure pour apprendre à vivre intensément et à mourir dignement. Comme en – 306 lorsqu’il fonda son Ecole pour affronter la crise qui secouait alors la Cité athénienne, et répondre au prestige incontesté de l’Académie de Platon et du Lycée d’Aristote, Épicure nous donne à penser face à la crise sanitaire qui secoue le monde entier en ce 21e siècle, une crise sévère, rendue encore plus complexe par les impérities politiques, les cacophonies des « oracles » scientifiques et le populisme des prophétismes séducteurs.

 

L’essayiste réhabilite alors, non sans nuances subtiles (notamment la conception épicurienne de la divinité, de même les sophismes au sujet de la mort),

une figure et une doctrine philosophiques souvent vouées aux gémonies à la hâte. Dans le même mouvement, il redore le blason la pratique philosophique elle-même, non seulement en tant que questionnement critique du Réel et des phénomènes pour en sonder les sens cachés, mais surtout comme manière de vivre, telle que l’appréhendaient Épicure et la plupart des auteurs de l’Antiquité. D’où l’urgence vitale, celle de philosopher, c’est-à-dire de « travailler à la santé de l’âme » qui, dans la pensée d’Épicure, implique celle du corps pour garantir « la perfection même de la vie heureuse ».

 

Il faut donc méditer, prescrit Épicure à son disciple Ménécée, sur les causes  du bonheur, de cette « vie heureuse », dont la quête fonde l’agir de tout humain, en discriminant les désirs primitifs et conformes à la nature de ceux qui s’écartent des besoins nécessaires. C’est ici que la tétrathérapie épicurienne prend tout son sens, en ce qu’elle nous met en garde contre la peur de la mort et des dieux qui n’auraient aucune influence sur la vie des individus, et qu’elle nous conforte dans la possibilité du bonheur et la facilité à supporter le malheur. Plus qu’on y pense, cette diète reste valable, pour aujourd’hui et pour demain. Seule la philosophie peut nous apprendre à bien vivre et à bien mourir, grâce notamment à l’application aux exercices spirituels propres à procurer le bonheur (eudaimonia) et empêcher le malheur. Pour Épicure, nous rappelle avec à-propos l’auteur de cet opuscule, la recherche du plaisir comme but de la vie ne consiste pas en la satisfaction orgiaque de tous les désirs, mais bien de ceux qui assurent au sujet désirant la « plénitude de contentement », tout en lui évitant les désagréments dus à l’excès et à la superfluité. N’en déplaise à ses pourfendeurs les plus acharnés, Épicure professe sa philosophie éthique comme une vie de plaisir ascétique et vertueuse. Pour le sage, qu’il nous convie d’être, ce n’est pas la (longue) vie, mais sa qualité (intensité) qui compte, et « le soin de bien vivre et celui de bien mourir ne font qu’un ». Toute l’éthique du choix de la vie repose ainsi sur la prudence, « le plus grand des biens » et la « source des toutes les vertus », qu’Épicure lui-même place au-dessus de la philosophie.

Ce petit exercice de rachat d’Épicure, à la fois discours sur la philosophie (au sens des Sceptiques) et philosophie à part entière, est assez risqué, au vu des condamnations séculaires, les unes plus virulentes que les autres, du philosophe grec. Mais le philosophe Louis Mpala mène ici avec succès une analyse finement nuancée de la pensée tant querellée, dans un texte étonnant de simplicité, de précision et de fulgurance gnomique, à la portée de tous et de chacun, et où il réaffirme l’Homocentrisme, ce paradigme qui parcourt comme un fil rouge ses principaux travaux. En cela, il reste fidèle à Épicure qui, contrairement à Platon interdisant l’accès de son Académie aux non-géomètres, ouvrait grandes les portes de son Jardin, donc de la philosophie, à tous les âges sans distinction de classe, de sexe, ni de fortune.

 

À l’heure de l’Anthropocène, période géologique actuelle où les activités de l’homme impactent plus durablement (et négativement la Terre) et dont les scientifiques situent l’avènement dès la deuxième moitié du 20e siècle, l’épicurisme véritable (non celui qui est ridiculement caricaturé), peut être une voie alternative à l’égoïsme majoritaire, à l’insouciance jouissive, à l’indiscipline ambiants, aux comportements de déni de la réalité, aux superstitions exacerbées par des pseudo-prophétismes, au scepticisme (parfois justifié) face aux contradictions des spécialistes mais aux conséquences dramatiques, etc. Cette doctrine peut contribuer à rééquilibrer les rapports entre les humains et la nature pour le bien de tous. Si, comme le prescrit Épicure, le bonheur est le but de la vie, lui-même étant la réalisation de la paix du corps (aponie) et celle de l’âme (ataraxie), l’homme, aujourd’hui et demain plus encore qu’hier, doit vivre en harmonie parfaite avec la nature, et viser cette interdépendance cosmique qui seule est garante de la survie de toutes les espèces. Dans ses Méditations en tant de crise (1624), le poète et prédicateur anglais, John Donne, énonçait déjà cette vérité : « Nous ne sommes pas des îles » ; ce que, trois siècles plus tard, Virginia Woolf, reprend : en tant que gouttes d’eau, nous faisons partie de l’océan ; l’océan n’existe que parce que nous existons, et vice-versa.

 Au lieu donc de poursuivre aveuglement l’odyssée initiée par Francis Bacon et magnifiée par René Descartes pour faire de nous des « maîtres et possesseurs de la nature », et dont les dérives ont plutôt fait de nous des bourreaux et des prédateurs de la Terre, l’homme doit cultiver l’autarcie, qui favorise la connaissance de soi, la rupture des chaînes de dépendance au luxe, et la suffisance à soi, toutes choses que les confinements, les « reconfinements », les bouclages, les couvre-feux et leurs cortèges de restrictions nous imposent aujourd’hui. D’un style limpide, sobre et d’une force entraînante irrésistible propre à la protreptique (exhortation), le texte du professeur abbé Louis Mpala Mbabula condense élégamment en quelques mots l’essence de la pensée d’Épicure, et se lit d’une seule trotte ; cette qualité de concision et de précision propre à la pédagogie dont se réclame le texte donne la soif au lecteur de revenir sur ses pas ou, devrais-je plutôt dire, sur ses lignes, pour savourer les délices d’une éthique de la modération et de la responsabilité vis-à-vis de soi, des autres et de la planète tout entière. Cette éthique se fonde sur le « raisonnement vigilent », c’est-à-dire la prudence, source de toutes les autres vertus, qui aujourd’hui est traduite, bien que partiellement, dans les mesures barrières contre la propagation de la Covid-19 : port du masque, distanciation physique, lavage des mains, éternuement dans le coude, interdictions de regroupements, etc. que nous devons respecter. En matière de sécurité, dit-on, il vaut mieux pécher par excès de prudence que par négligence.

En prenant le prétexte d’une relecture personnelle d’Épicure, le philosophe vient donc nous rappeler qu’il nous faut désormais vivre autrement, dans un monde qui n’est plus et ne sera plus jamais le même. Et ce message, actuel, s’adresse à tous et à toutes, ici ou ailleurs.

Jean Claude Abada Medjo, poète.

Université de Maroua

Maître de conférences en littératures française, francophone et comparée

Sous-Directeur au Bureau de la Diplômation et d’Authentification au Ministère de l’Enseignement Supérieur / Cameroun


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